C’est une femme pleine d’entrain et d’énergie qui entra dans mon cabinet ce matin-là. Cette commerçante accomplie menait sa petite entreprise d’une main de maître. Tout semblait aller pour le mieux pour cette jeune trentenaire. Un compagnon charmant, des affaires au beau fixe. Et pourtant, lorsqu’elle est venue me voir ce jour-là, elle m’annonça qu’elle n’allait pas bien, qu’elle n’avait pas le moral, que tout l’ennuyait, qu’elle se sentait triste en permanence. Mais que lui était-il donc arrivé ?

Avec assez de détachement dans la voix elle me raconta sa première fausse couche, puis sa deuxième, puis sa troisième, jusqu’à la cinquième qui venait d’arriver à peine un mois plus tôt.

Elle ne craqua pas, ne pleura pas, comme si elle était hors de toute souffrance, tellement habituée à rester dans le contrôle. Pourtant, intérieurement, elle était en miettes. Je le sentais. Déjà maman d’une petite fille de trois ans, ils s’étaient appliqués avec son compagnon, à en avoir un deuxième. Pour elle c’était devenu une obsession. Il lui fallait avoir ce bébé à tout prix. Elle aurait bientôt quarante ans et ce ne serait bientôt plus le moment. Tout devait rentrer dans son emploi du temps de ministre. A peine la fausse couche passée, ils se remettaient « au travail » et ainsi jusqu’à cette fois-ci où la jeune femme avait ateint un point de non retour. Ils étaient tous les deux épuisés. Faire l’amour était devenu une corvée et ils étaient arrivés au bord de la rupture. Son corps ne pouvait plus supporter. Elle lâchait.

– Enfin, lui ai-je dit.

Une de mes questions lorsque nous entamâmes le travail thérapeutique, fut de lui demander si elle avait effectué le deuil de tous ces foetus qui n’étaient pas nés. Elle me répondit que non, qu’elle n’avait pas trouvé la force, le temps, l’énergie. Tout s’était enchaîné tellement vite. Il s’était passé à peine un an et demi entre les différentes fausses couches.

Nous mîmes alors un carnet en place, dans lequel elle pourrait s’adresser à chacun d’entre eux de façon personnalisée. Pour certains, il y avait déjà un prénom, pour d’autres il n’y en avait pas, mais ça n’avait pas d’importance. Elle pouvait leur dire à eux ce qu’elle avait sur le cœur et qu’il était impossible à l’entourage de comprendre. Elle pût ainsi laisser libre court à son chagrin. Elle pût enfin réaliser la perte de ce qui aurait dû naître et qui n’était plus.

Le rêve lui permit de se rendre compte des angoisses et des tourments qui l’avaient empêchée d’avoir un deuxième enfant. Elle pût faire le lien avec la naissance de son frère qui avait été vécue pour elle comme un enfer. Elle pût se rendre compte de la pression qu’elle se mettait au travail et qui l’avait empêchée d’être complètement disponible durant sa grossesse. Elle voulait bien être enceinte mais sans les désagréments qui vont avec. Cette femme active ne supportait pas l’idée de s’arréter pour profiter de sa grossesse.

– Mon travail avant tout, ne cessait-elle de me répéter.

C’est alors le corps qui lui envoya ces signaux successifs. Il était grand temps qu’elle prenne soin de son corps et de son esprit, sinon elle irait droit dans le mur. Elle était rendue à un point de rupture dans sa vie, un point de non retour et tant qu’elle ne serait pas posée ne serait-ce qu’une seconde pour essayer d’analyser les causes de son mal être, le corps lui dirait stop de façon de plus en plus violente.

Il fallut une dizaine de séances de Rêve Eveillé Libre à cette jeune femme pour faire la paix avec elle-même. Sur mes suggestions, elle organisa une petite « cérémonie » d’adieu, en présence de sa fille et de son compagnon. Chacun pût dire à sa façon au revoir à tous ces bébés potentiels qui n’étaient pas nés. Elle lût à haute voix une phrase destinée à chacun d’entre eux et la petite fille déposa cinq petits bateaux en papier au fil de l’eau.

Je la retrouvai quelques semaines après ses vacances et ces moments d’émotion intense. C’est une femme beucoup plus appaisée qui s’installa dans le fauteuil en face de moi. Ces fausses couches faisaient désormais partie d’elle mais ne la faisait plus souffrir.

Après réflexion, elle m’annonça qu’elle souhaitait retrouver une libido plus apaisée avec son compagnon et qu’ils avaient décidé de ne plus se mettre la pression sur leur désir d’enfant. Ça viendrait si ça devait venir. Quelques mois plus tard, j’eus de ses nouvelles pour m’annoncer qu’ils allaient se marier.

Matthieu Le Tousse - Praticien en Rêve Eveillé Libr e à Trélazé, près d'Angers

Matthieu Le TousseOnirothérapeuthe, spécialiste du langage des rêves, Praticien en Rêve Eveillé Libre à Chapelle sur Moudon, à 25min de Lausanne

Thérapeute spécialisé dans l'analyse des rêves, j'aide ceux qui le souhaitent, à retrouver l'estime d'eux-mêmes, sortir de la dépression, ou encore vaincre une phobie ou des angoisses.

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